Pour Claude Joseph, le chômage constitue l’un des principaux terreaux de l'expansion des gangs dans les quartiers populaires. Le candidat du parti politique EDE entend s'attaquer au problème par l'emploi, avec la promesse mirobolante de créer plus de 100 000 emplois dans les zones défavorisées durant ses 100 premiers jours à la présidence.
Dans cet article, nous allons démontrer point par point et en profondeur pourquoi cette promesse est matériellement impossible à tenir, et que Claude Joseph le sait pertinemment. Loin d'être un véritable projet de société fondé sur la rationalité économique, ce chiffre magique relève d'une escroquerie politique stérile destinée à berner les citoyens. Décryptage sans concession d'un mensonge d'État en puissance.
 
1. Le syndrome du Premier ministre improvisateur : le grand vide du passé
 
Le premier mensonge réside dans la crédibilité même de l'auteur de cette promesse absurde. Claude Joseph a exercé de lourdes responsabilités au sein de l'exécutif sous l'administration de Jovenel Moïse. En tant que Premier ministre par intérim et chef de la diplomatie, il a eu entre ses mains les leviers de l'appareil étatique pendant de longs mois, cumulant plus de 630 jours au cœur de la machine gouvernementale.
 
L'épreuve du bilan : Qu'a-t-il concrètement créé en termes d'emplois durables, d'infrastructures productives ou de dynamisme économique durant toute cette période ? Strictement rien. Les statistiques de l'époque témoignent d'une aggravation continue de la crise socio-économique et de l'asphyxie des petites entreprises.
 
L'absurdité mathématique et temporelle : Comment peut-on sérieusement faire croire au peuple haïtien qu'on va réaliser en 100 petits jours un miracle économique titanesque,  soit un rythme effarant de 1 000 emplois créés par jour ouvrable,  alors qu'on a totalement échoué à insuffler la moindre lueur d'espoir ou la moindre structure d'embauche quand on dirigeait réellement le pays ?
 
L'hôpital qui se moque de la charité : Un dirigeant politique se juge toujours sur ses actes passés, sur son entregent et sur sa capacité prouvée à transformer le réel. Venir promettre l'impossible aujourd'hui, après avoir montré son impuissance hier aux commandes, relève du cynisme pur.
 
2. Le plagiat électoral : la vieille recette réchauffée de Jean-Henri Céant
 
Cette rengaine des « 100 000 emplois en 100 jours » n'est même pas une trouvauté intellectuelle, programmatique ou stratégique. C'est du réchauffé, du déjà-vu, du déjà-entendu.
Les électeurs dotés d'un minimum de mémoire politique se rappellent parfaitement que Jean-Henri Céant avait brandi exactement la même promesse populiste lorsqu'il était en campagne électorale, avant d'accéder lui aussi à la primature sous la même bannière de la facilité verbale. Résultat des courses pour la promesse de Céant ? Un échec total, abyssal, confirmant que ce slogan n'est qu'un artifice de meeting sans aucun ancrage dans la réalité administrative du pays.
 
Le copier-coller politicien : En reprenant mot pour mot cette recette usée, Claude Joseph ne fait que copier un stratagème électoral éculé. Il recycle les illusions d'hier en espérant naïvement que la détresse chronique du peuple aura effacé toute conscience historique. C'est du plagiat politique au mépris absolu de la rigueur et de la vérité économique.
 
3. Le C.V entrepreneurial inexistant : montre-moi ce que vous avez déjà créé
 
En politique comme dans la vie réelle, la légitimité en matière de création de richesse s'acquiert par les actes, l'initiative privée, la prise de risque et la sueur, non par les incantations de tribune ou les thèses académiques déconnectées du terrain.
Posons la question franchement, sans détour : Claude Joseph est-il un entrepreneur à succès ? Possède-t-il ou a-t-il fondé une seule entreprise d'envergure dans le secteur privé qui démontre sa capacité concrète à mobiliser des capitaux, gérer une masse salariale et générer de la valeur ajoutée ?
En management et en sciences économiques, la règle d'or est implacable : dites-moi combien d'emplois vous avez créés par vous-même en tant que citoyen, gestionnaire ou entrepreneur, et je vous dirai de quoi êtes-vous capable aux commandes de l'État. C'est-à-dire, je vous dirai combien d'emplois que vous aller créer quand vous serez président de la République. 
 
L'aberration logique : Quelqu'un qui n'a jamais géré une structure productive de masse, qui n'a jamais su faire prospérer une seule unité économique par ses propres initiatives, vient promettre des centaines de milliers de postes à une nation entière. C'est une insulte au bon sens le plus élémentaire.
 
4. La sécurité d'abord : l'ordre ou le grand bluff national
 
Dans les 100 premiers jours du prochain président d'Haïti, la seule, unique et absolue priorité constitutionnelle, républicaine et vitale sera de rétablir l'ordre et la sécurité sur toute l'étendue du territoire national. Point final.
Aujourd'hui, les routes nationales sont verrouillées par des criminels lourdement armés, des pans entiers de la capitale et des provinces sont sous la coupe des gangs, l'appareil productif agricole et industriel est détruit, et la liberté de circulation est un lointain souvenir. Aucune entreprise ne peut s'implanter, aucun investisseur sain d'esprit ne peut injecter un centime, et aucune chaîne d'approvisionnement ne peut fonctionner dans un pays en état de quasi-guerre civile. Prétendre s'attaquer massivement au chômage de masse avant d'avoir nettoyé militairement le territoire, neutralisé les caïds et garanti la paix civile relève du mensonge stratégique le plus total.
Une politique de développement économique qui fait l'impasse sur la reconquête sécuritaire immédiate n'est qu'un écran de fumée grossier destiné à masquer le vide sidéral d'un projet de gouvernance incapable de penser les vraies priorités de l'État.
 
5. Le mépris profond du peuple, de l'intelligentsia et de la fonction présidentielle
 
Il faut le dire et le souligner, cette politique stérile et désuète démontre un mépris viscéral pour le peuple haïtien. Aucun homme politique sérieux, doté d'un minimum d'intégrité et de respect pour ses concitoyens, ne peut oser débiter une telle absurdité en pensant que la population va gober pareille fable. Ce populisme de bas étage insulte l'intelligence de la jeunesse désœuvrée, piétine la dignité des étudiants et des universitaires qui étudient la macroéconomie et la gestion publique, et réduit les aspirations légitimes à des slogans de foire. Cette promesse ignore superbement les efforts surhumains des Madan Sara, des petits commerçants et des ouvriers qui, malgré le chaos, font vivre l'économie réelle de survie au jour le jour sans l'aide de l'État.
 
En agissant ainsi, Claude Joseph dégrade la fonction présidentielle elle-même, la rabaissant au rang d'une promesse de marchand de pacotille. Il démontre par cette posture qu'il ne respecte ni le pays ni ceux qu'il prétend vouloir guider. Quelle absurdité!!!!
 
6. L'ombre persistante de l'assassinat de Jovenel Moïse : le devoir de vérité avant les urnes
 
Au-delà des calculs économiques erronés et des promesses en toc, un obstacle moral, politique et républicain infranchissable se dresse sur le chemin de Claude Joseph. Il ne peut en aucun cas prétendre accéder à la magistrature suprême du pays s'il ne fournit pas des explications claires, transparentes et complètes à la population sur l'assassinat tragique du président Jovenel Moïse.
Ayant été à la tête du gouvernement au moment de ce drame historique qui a fracturé la nation, il porte une responsabilité morale et politique immense face à l'histoire. Un aspirant à la fonction présidentielle ne peut éluder les zones d'ombre entourant un parricide politique d'une telle ampleur. Comment briguer les suffrages d'un peuple en quête de justice et de vérité quand on esquive les questions fondamentales sur la plus haute trahison institutionnelle de notre histoire récente ? La légitimité d'un dirigeant s'ancre d'abord dans son intégrité et sa redevabilité envers la nation, non dans l'amnésie sélective.
 
Le miroir aux alouettes d'un politicien déconnecté
 
En analysant froidement et méthodiquement la promesse de Claude Joseph, la conclusion s'impose d'elle-même avec la force implacable de l'évidence : cette annonce de 100 000 emplois en 100 jours est un mensonge cousu de fil blanc, et son auteur le sait pertinemment.
 
Entre un passé ministériel totalement stérile en la matière, un plagiat éhonté des recettes inefficaces du passé, un parcours entrepreneurial vide de toute création de richesse réelle, et l'ignorance volontaire de la priorité sécuritaire absolue, le candidat du parti EDE démontre qu'il n'offre aucune alternative sérieuse. Le peuple haïtien, meurtri par des décennies de promesses fallacieuses et de démagogie politicienne, n'a plus besoin de marchands d'illusions. Face aux défis immenses de la nation, ce type de discours populiste ne trompe plus personne : il expose au grand jour la faillite morale d'une classe politique incapable de grandeur.
 
 
Joassaint GELIN
Journaliste Haïti 17