Sous la colonisation française, son port s’imposa progressivement comme l’un des principaux centres commerciaux de Saint-Domingue. En 1770, Port-au-Prince remplaça le Cap-Français comme capitale de la colonie. La ville devint alors le cœur administratif, commercial et politique du territoire.

Après l’indépendance, Port-au-Prince conserva cette centralité. De 1804 jusqu’à la chute de la dynastie des Duvalier en 1986, elle devint le véritable poumon économique, politique et culturel du pays. 

En 1949, sous la présidence de Dumarsais Estimé, le bas de la ville connut d’importants travaux de modernisation, dans le contexte des célébrations du centenaire de la fondation de la capitale.

Cette capitale est qui voulait être la vitrine de la Caraïbe semble aujourd’hui avoir ouvert une boutique spécialisée dans le chaos. Une partie considérable de la ville échappe au contrôle des institutions publiques, tandis que les groupes criminels imposent leur loi. On tue, on brûle des cadavres, on viole des femmes et des fillettes. Et pendant ce temps, les autorités semblent pratiquer une discipline administrative remarquable: la PNH ferme des commissariats pour insécurité. 

Port-au-Prince n’est plus seulement une capitale. Elle est devenue un long feuilleton tragique dont personne ne connaît le dernier épisode.

Les rues sont envahies par les marchands ambulants. Les trottoirs ont pratiquement disparu sous les marchandises étalées, les détritus et les occupations improvisées. Les déchets s’accumulent avec une régularité qui ferait presque croire à un programme national de décoration urbaine. 

Dans les camps de déplacés, la misère s’installe durablement. Les odeurs nauséabondes se mêlent aux montagnes d’immondices qui semblent avoir obtenu, elles aussi, leur droit de résidence.

La ville autrefois élégante porte désormais les cicatrices d’un État qui semble avoir perdu jusqu’à son sens de l’orientation.

Le prestige de Port-au-Prince se noie dans les ordures, l’insécurité et l’impuissance publique. La capitale de l’ancienne Saint-Domingue est devenue, par une ironie cruelle de l’histoire, la capitale des marchands ambulants, des barricades, des crimes , des ordures et des viols. 

Et pourtant, miracle haïtien oblige, la vie continue.Les banques ouvrent leurs portes. Les écoles essaient de fonctionner. Les commerçants installent leurs marchandises. Les chauffeurs affrontent les rues comme s’ils partaient chaque matin pour une expédition militaire. Dans les églises, les fidèles continuent de prier.

Ils prient pour la paix, pour la sécurité, pour leurs enfants, pour leurs maisons et parfois simplement pour rentrer vivants chez eux.

Mais Dieu semble avoir beaucoup de travail ces derniers temps. À force d'entendre nos prières sans voir la ville changer, certains ont  fini  par se demander s’il ne faudrait pas lui envoyer nos doléances par voie épistolaire ou par mail.

D’autres prétendent, après tout, qu’il ne parle pas notre langue. Port-au-Prince semble être condamné à rester un cimetière à ciel ouvert , un crématorium ou un abattoir pour ses habitants pris dans l’étau des gangs et l’érosion morale des autorités issues de l’ignominie du 7 juillet 2021.

 

Bleck D. Desroses -21 septembre 2026