Les jeunes auteurs de cette génération sont-ils devenus les victimes de l’intelligence artificielle ?
L’intelligence artificielle est désormais un outil de son époque. Elle peut accompagner, inspirer ou assister. Mais elle ne doit pas devenir une arme permettant de discréditer systématiquement les auteurs, en particulier les jeunes plumes qui cherchent simplement à partager leurs pensées, leurs émotions et leurs rêves. Quelques mois après la sortie de mon premier ouvrage, Mes Réflexions Nocturnes, j’ai moi-même été confrontée à cette réalité. Des étudiants de la même faculté que moi m’ont accusée, certains allant jusqu’à m’insulter, en affirmant que j’avais utilisé l’intelligence artificielle pour écrire mes textes.
Mais quelle insulte !
Derrière un livre, il y a pourtant des heures de réflexion, des nuits d’écriture, des doutes, des corrections, des émotions et parfois des blessures que personne ne voit. Réduire tout cela à une simple accusation d’utilisation de l’IA peut être profondément blessant. Et aujourd’hui, un jeune auteur d’origine haïtienne, se retrouve à son tour au cœur d’une controverse autour de l’utilisation présumée de l’intelligence artificielle pour son roman. Est-ce réellement la bonne attitude que d'accuser, d'humilier ou de condamner un auteur avant même d'avoir établi les faits avec certitude ?
Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Mais je crois que nous devons apprendre à être plus prudents.
Récemment, j’ai voulu faire une petite expérience. J’ai pris un texte que j’avais écrit en 2017, bien avant l’essor actuel des outils d’intelligence artificielle, et je l’ai soumis à un détecteur d’IA.
Le résultat ? L’outil a affirmé à 99 % que le texte avait été généré par une intelligence artificielle.
J’ai presque dû rire.
Nous partageons la même Nationalité, j'espère que vous avez compris ce qui est sorti de ma bouche.
Comment une machine peut-elle affirmer qu’un texte écrit en 2017 par une personne réelle a été produit par une IA alors que cette même personne peut encore posséder le texte original, avec ses traces d’écriture, ses brouillons et son histoire ? Et c’est valable pour tout le livre. Cette expérience démontre au moins une chose : ces outils ne devraient pas être considérés comme des juges absolus de la création humaine. Alors, quel sera notre avenir en tant qu’écrivains avec l’intelligence artificielle ? Faudra-t-il désormais prouver notre humanité avant de pouvoir publier ? Faudra-t-il conserver chaque brouillon, chaque cahier, chaque note de téléphone, chaque manuscrit, simplement pour pouvoir répondre à la question : « Est-ce vraiment toi qui as écrit ça ? » Je travaille actuellement sur mon deuxième ouvrage et, je l’avoue, cette réalité m’a parfois fait peur.
Après avoir été accusée et même prise à partie dans un groupe WhatsApp de ma faculté, il m’est arrivé de me demander si publier encore était réellement une bonne idée. Mais je refuse que la peur du jugement me fasse abandonner ce qui me fait aimer l’écriture. Et je tiens surtout à remercier chaque personne famille, ami(e), connaissance ou même inconnu(e) qui a acheté un exemplaire de Mes Réflexions Nocturnes.
Merci à celles et ceux qui l’ont lu. Merci spécialement à ceux qui m’ont fait part de leurs critiques, de leurs impressions et même de leurs préférences. Merci à ceux qui m’ont conseillé. Merci aussi à ceux qui m’ont fait douter. Et merci à ceux qui m’ont posé, parfois timidement, avec un petit sourire ou presque en plaisantant :
« C’est de l’IA ? »
Même cette question, aujourd’hui, je choisis de la prendre avec philosophie. Parce qu’au fond, toutes ces réactions m’ont rappelé une chose : lorsqu’un livre est publié, il ne nous appartient plus entièrement. Il entre dans la vie des lecteurs, qui peuvent l’aimer, le critiquer, le questionner ou ne pas l’apprécier. Et c’est aussi cela, être auteur. L’intelligence artificielle ne devrait pas nous apprendre à nous méfier de chaque plume. Elle devrait plutôt nous pousser à réfléchir à la manière dont nous voulons préserver, valoriser et reconnaître la créativité humaine à une époque où la technologie évolue rapidement.
Je ne sais pas exactement ce que l’avenir réserve aux jeunes écrivains. Mais je sais une chose : je continuerai d’écrire. Parce que l’écriture a été pour moi bien plus qu’un moyen de raconter des histoires. Elle a été un refuge, une voix, une manière de comprendre le monde et parfois simplement une façon de survivre.
Grâce à l’écriture, j’ai survécu.
Alors, malgré les accusations, malgré les doutes, malgré les « C’est de l’IA ? » et malgré les regards parfois sceptiques.
Vive l’écriture.
Vive les jeunes auteurs.
Vive celles et ceux qui osent encore prendre une feuille, ouvrir un cahier, allumer leur téléphone ou leur ordinateur et mettre leurs pensées en mots.
Et surtout, n’oubliez pas : MES RÉFLEXIONS NOCTURNES est toujours disponible chez C3 Édition et à La Pléiade.
À toutes celles et tous ceux qui ont déjà tenu mon livre entre leurs mains : merci. Vous avez donné une existence à des mots qui, au départ, n’existaient que dans ma tête et dans mes nuits.

