Mes chers lecteurs,
Il fut un temps où les jeunes rêvaient de devenir médecins, enseignants, ingénieurs, agriculteurs ou entrepreneurs. Aujourd'hui, une question semble dominer toutes les autres : « Ki jan pou w fè lajan ? » Le métier importe moins que le revenu, le parcours compte moins que le résultat.
Après le phénomène « Timoun 2002 », une nouvelle tendance s'est installée dans les conversations et sur les réseaux sociaux : le « Razè ». Ce mot est devenu un slogan, une identité, parfois même une philosophie de vie. On ne parle plus de construire un avenir, on parle de faire de l'argent, vite, beaucoup et à n'importe quel prix.
Le plus troublant est que cette obsession touche désormais des adolescents de 14 ou 15 ans, parfois même plus jeunes. Ils parlent de richesse avec une assurance impressionnante, alors qu'ils n'ont jamais connu le monde du travail. Comment peut-on désirer les fruits sans accepter de cultiver l'arbre ?
La vraie question n'est pas de savoir si l'argent est important. Bien sûr qu'il l'est. Dans un pays où la pauvreté, l'insécurité et le chômage frappent durement, vouloir améliorer sa condition est légitime. Le problème commence lorsque l'argent cesse d'être un moyen pour devenir une fin, lorsque la valeur d'un être humain se mesure uniquement à l'épaisseur de son portefeuille.
Les réseaux sociaux nourrissent cette illusion. Ils exposent les voitures, les vêtements de luxe, les liasses de billets et les voyages, mais cachent les sacrifices, les échecs et parfois même les activités douteuses qui se trouvent derrière certaines fortunes. À force de regarder ces images, beaucoup de jeunes finissent par croire que la réussite est instantanée et que le travail patient est réservé aux naïfs.
Mais soyons cohérents : qui a enseigné ces valeurs à cette jeunesse ? Peut-on lui reprocher de courir après l'argent alors que la société applaudit presque exclusivement ceux qui en possèdent, sans toujours s'interroger sur la manière dont ils l'ont obtenu ? Les adultes, les influenceurs, certains artistes, certains dirigeants et même certaines familles participent, consciemment ou non, à cette culture de l'apparence.
Pourtant, une société qui méprise le travail honnête prépare son propre échec. Lorsqu'un jeune croit qu'il vaut mieux chercher un raccourci que construire une compétence, c'est tout un pays qui perd son avenir.
Il est temps de réhabiliter l'effort, la formation, l'entrepreneuriat, la patience et le mérite. La richesse n'est pas un crime. L'ambition n'est pas un défaut. Ce qui devient dangereux, c'est de faire croire qu'il existe une prospérité durable sans discipline, sans compétence et sans responsabilité.
La jeunesse haïtienne mérite mieux qu'un rêve vendu en quelques vidéos de trente secondes. Elle mérite un pays où l'on admire autant celui qui bâtit que celui qui possède, où l'on célèbre autant l'intégrité que la réussite financière.
Le débat est donc ouvert : avons-nous une jeunesse obsédée par l'argent, ou une société qui lui a appris que l'argent est la seule preuve de réussite ? Avant d'accuser cette génération, ayons le courage de regarder le miroir. Car le visage que nous critiquons aujourd'hui est peut-être le reflet de la société que nous avons construite hier.
Wilmington BELLUNE Haïti17 ✍️
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