Mes chers lecteurs,

Au moment où je vous écris cet article, une partie de l’opinion publique haïtienne commence déjà à connaître les noms de plusieurs potentiels candidats aux prochaines élections. Les discours apparaissent, les ambitions se dévoilent et, peu à peu, la machine électorale commence à se mettre en mouvement.

Mais, mes chers lecteurs, depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui, j’ai souvent observé le même scénario. J’ai entendu, vu et parfois dénoncé cette manière de considérer l’élection non pas comme un moment de responsabilité citoyenne, mais comme une occasion de prendre, de promettre, de distribuer et parfois de profiter de la naïveté de la population.

En Haïti, l’élection semble souvent revenir avec les mêmes visages, les mêmes discours et les mêmes promesses.

Certains candidats fréquentent la population pendant toute la période électorale. Ils visitent les quartiers, serrent des mains, organisent des rencontres et promettent de défendre les intérêts du peuple. Puis, une fois la campagne terminée, la proximité disparaît parfois avec les affiches électorales.

D’autres, au contraire, restent pratiquement invisibles pendant des années et réapparaissent lorsque vient le moment de solliciter les suffrages. Comme si la population ne devenait importante qu'au moment où son bulletin de vote devient nécessaire.

Et voici que commence une autre dimension de cette compétition : la bataille entre les candidats eux-mêmes.

Certains commencent déjà à attaquer leurs homologues, à remettre en question leur passé et à rappeler leurs responsabilités dans les gouvernements précédents. On entend des accusations selon lesquelles certains anciens responsables auraient eu l’occasion d’agir mais seraient repartis sans avoir apporté les changements promis.

D'autres candidats mettent en avant les controverses et les sanctions internationales qui ont touché certains acteurs politiques. À l'inverse, ces mêmes personnalités peuvent continuer à être présentées par certains sympathisants comme des héros ou comme des défenseurs du peuple, notamment lorsqu'elles disposent de moyens financiers importants ou bénéficient d'un réseau politique considérable.

Cette contradiction mérite pourtant une véritable réflexion.

Comment une société peut-elle construire une démocratie solide lorsque le passé des dirigeants devient tantôt une arme politique, tantôt un argument que l'on oublie selon les intérêts du moment ?

L’élection commence alors à ressembler à une véritable jungle politique où chacun cherche à imposer son influence, son réseau et son hégémonie. Et pendant que les candidats cherchent à démontrer qu’ils sont meilleurs que leurs adversaires, une autre réalité apparaît : le financement de la campagne.

Certains commencent à organiser des collectes de fonds, parfois jusque dans les marchés et auprès des citoyens ordinaires, afin de réunir les moyens nécessaires pour participer à la compétition électorale.

Mais une question fondamentale demeure :Qui finance réellement ces campagnes, et surtout, qu’attend-on en retour ?

Car une élection ne devrait pas être simplement une course à l’argent, aux affiches, aux rassemblements et aux slogans. Elle devrait être un moment où chaque candidat présente clairement son projet, son programme, ses priorités et surtout les moyens concrets qu’il compte utiliser pour améliorer la vie de la population.

Et bien mes chers lecteurs, Le problème n’est pas qu’un citoyen veuille devenir président, sénateur, député ou élu local. Le problème commence lorsque le pouvoir devient une fin en soi plutôt qu’un moyen de servir la population.

Haïti ne manque pas seulement de candidats. Haïti a besoin de responsables capables de comprendre que gouverner signifie rendre des comptes.

Nous avons déjà entendu beaucoup de promesses.

Nous avons déjà vu beaucoup de campagnes.

Nous avons déjà assisté à de nombreux changements de discours.

Mais la question que le peuple doit continuer à poser est simple : Après les promesses, que restera-t-il pour la population ?

Parce qu'une démocratie ne se construit pas seulement le jour du vote. Elle se construit avant, pendant et surtout après l’élection, lorsque ceux qui ont reçu la confiance du peuple doivent rendre des comptes.

Alors, mes chers lecteurs, avant de choisir un candidat, peut-être devons-nous apprendre à regarder au-delà des slogans, des rassemblements, de l'argent distribué et des belles promesses.

Regardons les parcours.
Regardons les actes.
Regardons les programmes.
Regardons les résultats.
Et surtout, demandons-nous : Sommes-nous encore en train d’élire des personnes pour nous gouverner, ou sommes-nous enfin prêts à choisir des responsables pour servir Haïti ?

 

Wilmington BELLUNE, Haïti17 ✍️ 

wilmingtonbellune21@gmail.com