Mes chers lecteurs,
Il existe des sujets qui refusent de se laisser écrire avec légèreté. Celui-ci en fait partie. Derrière chaque mot se cache une inquiétude, derrière chaque phrase, une profonde interrogation sur l'avenir de notre pays.
Depuis plusieurs années, Haïti vit dans une transition qui semble ne jamais vouloir finir. Les institutions s'affaiblissent, la confiance populaire s'effondre et l'État perd progressivement son autorité sur une partie de son territoire. Pourtant, au milieu de cette réalité, un mot revient sans cesse dans les discours politiques : élections.
Mais une démocratie ne se résume pas à la tenue d'un scrutin. Une élection n'est pas un décor destiné à rassurer la communauté internationale. Elle doit être l'expression libre de la volonté populaire.
Alors, posons la seule question qui mérite d'être débattue : peut-on sérieusement parler d'élections lorsque les conditions qui ont conduit le pays à cette crise demeurent pratiquement inchangées ?
Comment convaincre un citoyen de croire au pouvoir de son bulletin de vote lorsqu'il ne peut circuler librement, lorsqu'il vit dans la peur, lorsqu'il ne fait plus confiance aux institutions censées protéger ses droits ?
À force de répéter que les élections régleront tout, nous risquons d'oublier l'essentiel : une élection n'est pas une solution en soi. Elle n'est qu'un outil. Sans sécurité, sans justice indépendante, sans administration crédible et sans volonté réelle de rompre avec les pratiques du passé, cet outil perd une grande partie de son sens.
Le plus inquiétant n'est peut-être pas l'absence de changement. Le plus inquiétant est que certains semblent s'en accommoder. Une minorité continue de préserver ses privilèges pendant que la majorité lutte simplement pour survivre. Les visages changent, les alliances se recomposent, les discours évoluent, mais les méthodes demeurent les mêmes. Les fauteuils se transmettent presque comme un héritage politique, tandis que les promesses se recyclent au rythme des crises.
Le peuple haïtien ne réclame pas un miracle. Il réclame des institutions dignes de confiance, des dirigeants responsables et des élections capables de restaurer la légitimité du pouvoir. Organiser un vote sans répondre aux problèmes fondamentaux reviendrait à poser un toit neuf sur une maison dont les fondations s'effondrent.
Cette chronique ne s'oppose pas aux élections. Elle s'oppose à l'idée que le simple fait de voter suffirait à sauver un pays. La démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre d'urnes installées, mais à la capacité d'un peuple de choisir librement son avenir.
La véritable question n'est donc pas : « Quand voterons-nous ? » Elle est bien plus dérangeante : « Pourrons-nous enfin choisir librement, dans un pays où les règles du jeu auront réellement changé ? »
C'est à cette question que les responsables politiques devront répondre, non par des discours, mais par des actes.
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Wilmington BELLUNE ✍️

