De 2004 à 2026, Haïti s’est lentement enlisée dans une ère d’instabilité chronique. Cette descente aux enfers, devenue particulièrement alarmante au cours de la dernière décennie, a fini par basculer dans le chaos le plus total après l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.

Cinq ans plus tard, le constat reste sans appel : les institutions nationales sont méthodiquement démolies, pillées et mises à sac, laissant l'État sans le moindre élu à ses commandes. Dans ce vide institutionnel, le gouvernement de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé – pourtant issu d’un consensus entre les acteurs politiques – n’inspire plus confiance. 

Le verdict de l'ancien Premier ministre Evans Paul est d'ailleurs cinglant : cette gouvernance actuelle s'impose, selon lui, comme la plus médiocre que le pays ait connue de 1986 à nos jours.

Face à cette impasse, l'horizon politique s'assombrit à mesure que la grogne sociale s'organise. Hier, depuis Cap-Haïtien, le leader du parti Piti Dessalines, Moïse Jean-Charles, a jeté un pavé dans la mare en annonçant les couleurs dès la fin de la Coupe du monde. 

Une insatisfaction partagée par Claude Joseph, secrétaire général du parti EDE, qui profitait le 7 juillet dernier de la commémoration du cinquième anniversaire de la mort de Jovenel Moïse pour dénoncer la gestion actuelle du pays et réitérer un énième appel au dialogue national.

Face au chaos et aux trahisons des faux consensus, le parti ATHA dirigé par l’ancien député Jean David GÉNESTÉ, sonne l’heure du grand sursaut patriotique pour arracher Haïti à la fatalité.

Alors que cet après-Mondial s’annonce enflammé et que le tissu social menace de se déchirer définitivement, deux scénarios se profilent désormais pour l'avenir du pays. 

Le premier, redouté, verrait les forces de l’opposition coaliser leurs énergies pour renverser le pouvoir en place, replongeant la nation dans un cycle de turbulences. 

Le second, plus constructif, mise sur l’avènement d’un nouveau gouvernement de technocrates capables de redresser la barque, de rétablir la sécurité et d’organiser enfin des élections dans un délai acceptable — une feuille de route prônée depuis un an déjà par la TDS. 

Face à cette décennie perdue, la question cruciale n’est plus de savoir quel Premier ministre succédera à l’actuel locataire de la Primature , mais de savoir si la nation haïtienne saura enfin jouer la carte de la compétence et de la rigueur pour rebâtir ses institutions avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

 

Bleck D. Desroses / 13 juillet 2026