Depuis la création du monde, la liberté est un droit naturel appartenant à tous les êtres humains. Aucun homme ne naît pour servir de propriété à un autre, aucun peuple ne devrait avoir à demander le droit d'exister dans la dignité. Pourtant, l'histoire nous enseigne qu'au nom de la puissance, de l'économie et de la domination, certains ont cru pouvoir disposer de la vie d'autres êtres humains comme d'un simple bien matériel.
Le Code noir demeure l'un des symboles les plus marquants de cette époque sombre. En encadrant l'esclavage dans les colonies françaises, il a donné une apparence légale à une profonde injustice. Derrière ses articles se cachait une réalité brutale : des hommes, des femmes et des enfants privés de leur liberté, de leur identité et de leur humanité.
Le vendredi 29 mai 2026, l'Assemblée nationale française a adopté l'abrogation symbolique des dernières dispositions encore associées au Code noir. Pour certains, ce vote représente un acte historique, un geste de mémoire et de reconnaissance envers les victimes de l'esclavage. Mais une question demeure : l'abolition du Code noir fut-elle un droit conquis ou un privilège offert ?
Cette interrogation mérite d'être posée, car elle touche à la nature même de la liberté. Si la liberté est un droit fondamental, pourquoi faudrait-il attendre le vote d'une assemblée pour reconnaître ce qui aurait toujours dû être évident ? La valeur d'un être humain dépend-elle d'un texte de loi, d'une signature ou d'une décision politique ?
L'histoire d'Haïti, mené par Toussaint Louverture, Jean Jacques Dessalines et tant dautre ont apporté une réponse forte à cette question. Les esclaves de Saint-Domingue n'ont pas attendu qu'on leur offre la liberté. Ils l'ont conquise. Par leur courage, leurs sacrifices et leur détermination, ils ont défié l'un des systèmes les plus puissants de leur époque. Ils ont prouvé au monde qu'aucune chaîne n'est assez solide pour emprisonner éternellement le désir de liberté.
C'est pourquoi il est difficile de considérer que la dignité humaine puisse dépendre d'un vote, même lorsqu'il se veut réparateur. Les droits humains ne devraient pas être accordés comme des faveurs. Ils existent parce qu'ils sont inhérents à la condition humaine. Lorsqu'une société vote pour reconnaître l'humanité d'un groupe, elle ne crée pas cette humanité elle ne fait que reconnaître une vérité qui existait déjà.
Le vote du 29 mai 2026 possède certes une portée symbolique importante. Il rappelle la nécessité du devoir de mémoire et la condamnation des injustices du passé. Cependant, il ne peut être considéré comme l'acte qui libère les descendants des esclaves ou qui efface les souffrances accumulées au fil des siècles. La liberté n'est pas née dans une assemblée ; elle est née dans les combats menés par ceux qui ont refusé la soumission.
En conclusion, il serait peu significatif de prétendre que le vendredi 29 mai 2026 est la date de notre libération. Une telle affirmation risquerait de reléguer au second plan les luttes héroïques de nos ancêtres et les sacrifices qu'ils ont consentis pour arracher leur liberté. Ce serait oublier que bien avant les votes et les déclarations officielles, des hommes et des femmes avaient déjà affirmé leur droit à l'existence et à la dignité.
L'homme n'a jamais été un bien meuble. Certains ont tenté de le faire croire, certains l'ont inscrit dans des lois, mais aucune règle, aucun décret et aucun code n'ont jamais pu transformer un être humain en objet. La valeur d'une personne ne dépend ni de son origine, ni de sa couleur, ni du regard que les puissants portent sur elle.
Le véritable hommage à rendre à cette mémoire n'est pas de célébrer une liberté accordée tardivement, mais de reconnaître une liberté conquise avec courage. Car notre force réside dans notre histoire, notre mémoire et l'héritage laissé par ceux qui ont refusé l'inacceptable. Le Code noir appartient désormais au passé, mais la leçon qu'il nous laisse demeure actuelle : la dignité humaine ne se vote pas, elle se respecte.
Wilmington BELLUNE Haïti17

